La Philosophie Touchante

Encore un article sur les violences faites aux femmes.

Je n’avais rien prévu pour cette journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes. Je n’avais aucune envie de parler de ce sujet. La lassitude, le désespoir, le sentiment de parler dans le vide, de remarquer qu’il n’y a toujours rien qui change. Et ce sentiment se renforce aujourd’huiavec  l’affaire Jacqueline Sauvage et me conforte dans l’idée que lorsque nous avançons d’un pas dans cette lutte, la société, la justice sociale recule de deux pas. Donc j’ai voulu me taire, comme toutes ces femmes ensanglantées traumatisées, meurtries, qui vivent avec leur bourreau. Je m’occupais de ma gueule, lorsque je reçois un message de ma cousine :” tu n’es pas d’humeur à écrire ? c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, tu n’as rien à dire ?”. Je me suis sentie honteuse.

Bien sûr que si, chère cousine, j’en ai tellement sur le cœur. Colère, haine, rage surgissent à chaque fois que certaines femmes me racontent leurs histoires. Et Dieu sait que j’en ai entendu, de trois femmes; et jusqu’à ce jour je n’ai rien pu faire. Visiblement leur parler ne suffit pas toujours. Encore plus aujourd’hui je me pose une question. Que puis-je faire Moi? Quel pouvoir ai-je pour changer les choses ? je vais écrire, publier, vous lirez. Quelques uns applaudiront, certains me diront, tu as bien parlé ma sœur. Et après, après je fais quoi pour aider celles qui me racontent leurs histoires; je fais quoi pour aider celles qui ne savent pas lire, celles qui restent silencieuses, celles qui méconnaissent leurs droits. DITES MOI, JE FAIS QUOI ? NOUS FAISONS QUOI ? Mme la Ministre Tchabinandi KOLANI YENTCHARE, ministre de l’action sociale, de la promotion de la femme et de l’alphabétisation,  avec tout mon respect et mon admiration, VOUS FAITES QUOI ?  Vous savez Mme la ministre, le code pénal ne prévoit aucune disposition qui traite spécifiquement de ce sujet. Aucun projet d’élaboration de loi sur la violence domestique ( dans tous les sens du terme) n’est en cours, sauf erreur, faute de communication. Et sur la question de la sensibilisation sur le plan national, de la communication, quel silence ! Un silence qui me fend le cœur. J’ai d’ailleurs remarqué qu’à l’ère des réseaux sociaux, vous ne disposez pas de compte  Facebook ou Twitter.  Alors que la jeunesse est aujourd’hui plus ouverte à la communication sur internet, et donc plus disposée à écouter. Aujourd’hui dans nos pays, les campagnes de sensibilisation sont plus efficaces sur les réseaux sociaux, l’impact est réel.  Alors pourquoi restez vous silencieuse, déconnectée ? Communiquons. Je vous remercie. Avec toute ma considération.

   Le fait est que, au Togo, chacun de nous connaît au moins une femme qu’on bat tous les jours ; on en rigole même parfois. Inconsciemment, bêtement, naïvement, nous disons, “elle fait trop la bouche celle là; elle le mérite je te dis; elle n’est pas la première femme qu’on frappe quand même, qu’elle la ferme.”  Ces petites réflexions toutes innocentes au prime abord, nous enfoncent sans que nous ne nous en rendions compte, dans cette spirale interminable qu’est le silence, la non-dénonciation, l’impunité.

Mais aujourd’hui, chère Maman, chère sœur, j’aimerais te dire, sans te connaître, que je ressens ta douleur, ta souffrance, ton désespoir, et surtout, ta peur. Et j’aimerais que tu saches ceci: JE T’AIME et  TU N’ES PAS SEULE, NE LE PENSES JAMAIS. J’admire ta force, ton courage, et l’amour immense que tu portes à ta famille, à tes enfants, pour lesquels tu restes. A cause de cet amour, je t’entends souvent dire sous les coups de poings, de pied, de ceinture, de fouet :

-il m’aime, il s’est excusé , il changera, il a promi de ne plus le refaire

– c’est ma faute

-J’ai des enfants avec lui, je ne veux pas les séparer de leur père

-je ne peux pas le quitter, ma famille ne me le pardonnera pas, ce sera un déshonneur

-je suis croyante, le divorce est interdit

Chère maman, chère sœur,

-Non il ne t’aime pas; la première fois tu t’es tu, alors je te promets, il recommencera

-Non ce n’est pas de ta faute; tu mérites RESPECT, CONSIDÉRATION même quand tu commets des erreurs. D’ailleurs aucune faute ne mérite que tu finisses dans le coma ou ensanglantée. AUCUNE.

-Tu as des enfants avec lui; tu es une maman, alors penses au bien-être de tes enfants, à leur épanouissement. Tu as peur de ne pas pouvoir subvenir à leurs besoins, c’est légitime. Mais ce n’est pas en crevant que tu les rendras heureux. Tu as la force et le courage nécessaires, pour y arriver toute seule. Tu es une femme, LA FEMME, le sel de la vie et rien ne te résiste, quand tu t’y mets. Bats toi pour tes enfants. Sauves toi, pour tes enfants.

-Respectes et honores ta famille, à condition qu’elle aussi pense à ton bien-être et à ton bonheur.

-Tu es croyante; Quel Dieu adores-tu ? parce-que le Créateur dans son immense bonté et amour ne t’a pas donné le souffle de vie, en espérant que tu meures sous les coups d’un lâche.

Ceci pour te dire, qu’il est temps pour toi de vivre. Choisir de partir n’est pas chose aisée, surtout quand on n’a pas de revenus ( c’est souvent le cas). Mais tu te reconstruiras; il te suffit de fermer les yeux, de penser aux belles années qui t’attendent aux côtés de tes enfants; et de SORTIR DU SILENCE. DÉNONCES. PARS. RELÈVES TOI. CHOISIS LA VIE. Tu n’en as qu’une. Choisis le bonheur. Et surtout n’oublies jamais que nous les anonymes t’aimons, te soutenons, te tendons la main et qu’il suffit de demander de l’aide. Décides de ne plus te taire.

TRÈS IMPORTANT: une ligne téléphonique verte est mise à la disposition de toute personne souhaitant dénoncer les faits de violence à l’égard des femmes et aussi des enfants . Ne restez plus silencieuses, contactez le “ 1011“. C’est gratuit et vous pourrez aussi gardez l’anonymat.

Ceci est un combat de tous les jours, pas d’une seule journée.

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