La Philosophie Touchante

Je porte bien mon nom.

 

J’avais 13 ans et j’étais en 4ème. Un jour nous avons chanté l’hymne national, comme tous les matins. Il faut reconnaître que nous avions mal chanté. Enfin les gaillards de derrière. A la fin,  le surveillant a décidé bien évidemment de nous punir en nous donnant quelques coups; le bon vieux temps quoi. Toute la classe était punie. À l’époque, j’étais toute maigrichonne et haute comme trois pommes ( c’est encore le cas d’ailleurs). Et bien évidemment j’étais devant et il fallait commencer par moi. Eh bien, j’ai refusé de tendre la main. J’ai refusé de recevoir une punition du fait d’un autre. Je ne suis en aucun cas responsable du fait qu’ils aient décidé de faire leur malin et de chanter faux. Il n’était pas question alors que je me fasse punir avec eux. NO WAY. Je préfère encore me faire renvoyer. Et ça c’était un scandale. Un paramètre qu’il faut prendre en compte pour que vous compreniez la gravité de mon acte, c’est que au village (oui j’ai fait mon secondaire Au CEG Solla-ville. N’oubliez jamais d’ajouter “ville” 😂), les professeurs connaissaient la famille. Tout le monde connaissait tout le monde. Donc de toute évidence, mon grand-père sera au courant et une fois à la maison, il allait me faire ma fête. Mais j’ai quand même refusé de prendre les coups. Que ceux qui ont fauté soient punis. POINT FINAL.

Je tenais tellement tête à mon père (RESPECTUEUSEMENT) et défendais ce que je trouvais juste même si je prenais quand même la punition; tellement qu’il me disait en rigolant, que parfois il regrettait de m’avoir donné ce nom, mon nom. TOKE-N’SA. En solla, ma langue maternelle, mon nom veut dire “SOYONS ÉGAUX”. Habituellement il se dit que nous portons, incarnons nos noms ou de manière superstitieuse, nos noms agissent, conditionnent qui nous sommes. Superstition ou pas, mon nom me définit très bien. J’ai horreur de l’abus de pouvoir, l’injustice, l’impunité, l’inégalité, le manque de respect. Et ce depuis toujours et cela ne va pas changer.

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j’ai senti le besoin d’écrire cet article (pour ceux qui ne cessent de m’empêcher de parler), pour que, une bonne fois pour toutes, les gens puissent savoir le pourquoi, du comment j’ai crée ce blog, que l’équipe et moi tenons. Pour que vous trouviez enfin la réponse aux questions que vous me posez fréquemment, quand je fais des publications Facebook ou quand j’écris des articles sur des sujets qui vous sont sensibles ou que vous refusez d’aborder. Et tout ceci s’est accentué avec ma lettre écrite à notre Président ,  lettre qui est plus que jamais d’actualité. Un mot revient à chaque question: LA POLITIQUE. Parce que oui pour certains d’entre vous, dire ou dénoncer des faits sociaux, réclamer ses droits, c’est “faire de la politique”. Comme si faire de la politique revenait à être un rebelle; comme si faire de la politique, c’est être l’ennemi d’un  parti et surtout l’ennemi du parti au pouvoir.. Bref, si vous voulez comprendre ce qu’est véritablement la politique, rendez vous là.

Un citoyen n’a pas besoin ou obligation d’appartenir à un parti politique avant de pouvoir parler de ce qui touche son pays. Et personnellement, je ne suis membre d’aucun parti politique, je n’en ai pas l’intention. En tout cas pas pour le moment. Ce qui m’intéresse, c’est que l’on respecte les citoyens de ce pays, notre pays et le sang versé de ceux qui ont combattu pour notre liberté. Ce qui m’est cher, c’est que chaque togolais puisse offrir 3 repas/jour à ses enfants, les soigner convenablement quand ils sont malades et que les études ( supérieures) soient à leur portée. Ce qui m’empêche de la fermer, c’est que chaque togolais à défaut de pouvoir aller se soigner à l’extérieur comme certains privilégiés, puisse être pris en charge dans son pays. Savez-vous combien de femmes, d’enfants, d’hommes togolais meurent chaque année dans nos hôpitaux, parce qu’il manque de matériels et d’appareils médicaux de BASE ? parce que le corps médical est en grêve; parce que qu’il n’y a pas une véritable couverture sociale ? Savez-vous combien d’étudiants sont devenus de pauvres cultivateurs, des zemidjans, des mendiants, des fous, parce qu’il n’ont pas pu réaliser leur rêve, continuer leurs études; tout ça parce que le système éducatif est pourri et non adapté ou mal adapté à nos réalités et qu’en plus les conditions d’étude sont déplorables;  parce qu’ils ont faim, parce que les parents n’ont pas les moyens. Savez-vous combien de retraités, combien de paysans, de fonctionnaires meurent de traumatismes, de douleurs, de maladies par manque de moyens, parce que la fortune dépensée sur les enfants aux fins d’études n’a rien donné; parce que les enfants une fois diplômés et qualifiés sont sans emploi.  Vous trouvez que j’exagère ?  Je pourrais continuer encore et encore, et encore. Et vous savez que c’est la réalité. Vous voulez les chiffres? Il n’y a pas de chiffre, parce que nous vivons tous ceci au quotidien. Sauf….EUX

Donc vous n’ignorez pas qu’au même moment une minorité vit dans l’opulence, pas parce qu’ils se lèvent plus tôt que nous; pas parce qu’ils travaillent plus que nous; pas parce qu’ils sont plus diplômés; pas parce qu’ils sont plus qualifiés. Il vivent à nos crochets, avec notre argent, nos richesses et nous traitent comme des mendiants.

56 785 km2 , 7,5 millions d’habitants. Ce petit bout de terre béni a du cacao, du café, du coton, des matériaux de construction (le sable, le gravier, le granulat, l’argile, la latérite, l’ardoise, le granite, le marbre, les pierres ornementales), des métaux de base ( le cuivre, le plomb, le zinc, l’aluminium), mais surtout des mines de phosphates. Le Togo est d’ailleurs le cinquième producteur mondial de phosphates. Et plus encore, le port de Lomé, le seul port en eau profonde de la sous-région, et une zone franche qui ne cesse de se développer. Je ne vous parle même pas des impôts et taxes. PUTAIN (pardon), nous ne sommes que 7 millions. Et nous avons tout ça. 7 millions.

Et nous nous taisons depuis des décennies. Nous la fermons par peur, par conviction politique, par résignation. Si c’est la peur qui vous rend inactifs, sachez que moi aussi j’ai peur. Oui j’ai peur quand j’écris assise derrière mon écran;  quand je publie avec mon nom et ma photo. J’ai peur. La nuit ou j’ai écrit cette lettre au Président, javais peur, je pleurais d’ailleurs. Mais j’étais surtout en colère. Depuis ce jour, j’ai peur quand je marche dans la rue. Mais ce n’est pas à moi d’avoir peur. Ce n’est pas à nous d’avoir peur. Ce n’est pas normal. Nous sommes le peuple. Nous sommes souverains. Ne sommes-nous pas dans une démocratie ? Si NON, je me tais tout de suite. Si OUI, alors je ferai ma part. Que chacun fasse sa part. Il est temps. C’est le moment. Le bon moment. D’ailleurs il n’y a jamais de bon moment quand il s’agit de réclamer ses droits en tant qu’humain et citoyen. Chaque jour doit être un combat.

Tant qu’une personne manquera de respect à notre drapeau, notre hymne, nos armoiries, notre histoire, et surtout aux personnes qui bâtissent chaque jour notre CITE, levons-nous et montrons lui qu’elle a eu tort de piétiner notre dignité, nos droits, notre humanité. Alors ? Que faites-vous ? Que ferez-vous ?

 

Moi, je ne suis pas de ceux qui rêvent de partir; ceux qui rêvent d’une vie meilleure ailleurs. Non. Moi je suis togolaise. JE SUIS CHEZ MOI. Ma vie, la meilleure, c’est chez moi ici. Je dois me sentir bien chez moi. Et personne n’a le droit de me faire me sentir étranger. PERSONNE. Parce que devant les lois, nos lois, nous sommes égaux.

Ceci pour dire que, je ne pourrai jamais me taire. Et tant que ce blog existe, nous vous parlerons de tout. Nous vous ferons découvrir notre beau pays et les valeureux citoyens qui le construisent. Mais surtout nous nous battrons pour son développement et sa liberté. Ne disons-nous pas  TRAVAIL-LIBERTÉ-PATRIE ?

Si tu n’es pas togolais et que tu lis ceci, j’ai un message pour toi .

Mon nom veut dire en solla “soyons égaux”. Et ce n’est pas un hasard.

 

 

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4 comments

  • Elisam

    Mdrr. Haute comme trois pommes. superbe article.

  • adzimawhite

    cet article manque, pour moi (après tout cette opinion peut ne pas compter) de maturité. Car il n’y a pas d’égalité dans ce bas monde. Va demander aux communistes, ils ont essayé, ça n’a pas marché. On ne peut pas être tous égaux, on ne peut que garantir des droits à tous, pour que même les moins chanceux (disons ça comme ça) ne soient pas lésés.

    Dépeindre une société idéaliste est aussi facile. Facile à dire. Donner de l’emploi, distribuer les richesses (ce que tu appelles manger 3 fois par jour). Eh bien, ça là même la France n’y arrive pas.

    Alors après t’avoir critiqué, que faut-il proposer ? bah une conquête des pouvoirs (exécutif, mais d’abord, législatif). Pas par la force. Par la confrontation d’idée et l’association de la population, qui n’est pas suffisamment politique. Les gens ne comprennent pas ce qu’ils doivent faire. C’est pour ça qu’on casse plus qu’on ne change les choses. Il faut dire aux gens de casser le mythe des législatives truquées, expliquer ce qu’on attend du peuple, faire une seule liste commune de l’opposition et aller voter pour être représenté massivement à l’Assemblée Nationale

    • Pierrette Ekoima
      Pierrette Ekoima (author)

      Merci beaucoup de nous avoir lu. Cet article n’a pas été écrit dans un esprit idéaliste. Si c’est que vous avez compris, permettez moi de vous dire que vous m’avez mal compris. Je ne suis pas naïve. Je vois ce qui se passe dans le monde et dans les grandes démocraties. Et quand je dis “égaux”, pensez égalités de droits. Et si vous avez bien lu, j’ai dit que nous étions égaux devant les lois. Ensuite nous ne sommes pas la France.
      Et je n’ai parlé de conquête des pouvoirs par la force. Ne me prêtez pas des mots ni intentions. Et pour ce qui est de l’éducation civique et citoyenne, c’est le devoir de tous. Merci pour votre commentaire.

  • Père Ronald

    Permettez-moi de prendre la parole, moi l’ancien curé de Pierrette Ekoima, resident à Solla-Ville, vraiment un coin spécial avec des gens spéciales du Togo notre cher pays.
    Ce qu’elle a dit dans son article et sa lettre au président Faure Gnassimbé doit être dechiffré pour comprendre sa valeur. Il me semble qu’elle dit les chose mieux que dans ce qu’on apprend en général par le mouvement actuel de contestation au Togo. Parce que pas seulement le président Faure se tait aussi l’opposition se tait en vérité. Je ne sais pas qu’est-ce qui se passe dans les meetings. Mais dans les publications mediatiques ou les site des partis politiques je cherche en vain quelque chose qui ressemble à une analyse critique bien-fondé du regime, une conscience des problèmes graves au Togo ou un vrai programme alternatif.
    Dans les 2 publications de Pierrette, si on met appart un peu les emmotions legitimes, je constate 3 choses:
    1. On parle enfin des vrais problèmes sociaux, c’est une prise de conscience de notre misère, de notre souffrance. Dans le mouvement actuel de contestation avec le slogan “50 ans ça suffit”, ou “Retour à la constitution de 1992” on oublie souvent à expliquer pourquoi 50 ans ne nous semblent pas bons et pourquoi une limite des mandats serait avantageux. Parler plus de nos problèmes sociaux comme Pierrette a aussi l’avantage que cela unit le peuple Togolais parce que la misère est la même au Nord comme au Sud, alors si on s’attaque seulement à des personnes pour les remplacer par des autres personnes cela divise.
    2. Pierrette s’adresse au président avec beaucoup de passions mais quand même poliment. Elle veut qu’il se prononce. Parce que c’est lui le président. On ne peut pas contourner les autorités investies. Certains donnent l’impression qu’on peut règler tous les problèmes par la rue et que s’attaquer aus autorités reste sans punition. Non, c’est le président qui doit agir et d’abord se prononcer, il doit nous dire s’il voit, lui aussi, les problèmes graves, qu’est-ce qu’il veut faire, quels sont les garantis afin que nous pouvions le croire (parce qu’on ne peut pas tout controler chez un président) et s’il pense qu’il n’est pas capable qu’il nous le dise, ça aussi, afin qu’on puisse chercher un autre.
    3. Pierrette parle de son non en langue Meyope (ou Solla) “Toke-nsa”, “soyons egaux!” C’est un impératif en 1ier personne pluriel, ça veut dire plutôt un invitation qu’une contrainte: Sois mon frère, marchons ensemble, luttons ensemble! Ceux qui disent l’egalité n’est pas nécessaire se trompent. Certes, ce qui concerne le titre, l’argent de poche ou les facultés on n’aura jamais l’égalité. Mais ce qui concerne la dignité, le respect ou les droits humains, on peut toujours souhaiter plus d’égalité. Avant tout il y a une égalité au Togo qu’il faut revendiquer tous les jours, et si on n’arrive pas à l’ameillorer ça sera un grand frein à notre developpement, c’est l’égalité des chances.
    Je connais Pierrette bien, c’est une jeune femme très eveillée qui a réussi obtenir une licence en droit. Elle a grandi comme orpheline dans des conditions très modestes. Je ose le dire comme ça parce que la pauvreté n’est pas une honte. Pierrette ne serait pas aujourd’hui devant l’ordinateur en gérant un blog, si elle aurai compté seulement sur le système educatif togolais. Là ce sont les enfants des nantis plutôt qui ont une chance. Comme si l’on n’avait pas besoin de l’intelligence du pauvre.
    Son nom est “Toke-nsa”: Toi, qui a la chance, donne-la-moi aussi. Moi aussi je veut evoluer, peut-être master, peut-être sciences litteraires ou sciences de communication, pour mieux servir mon pays, pour faire quelque chose dans ce monde pour mon pays.
    Et ça se voit, elle aime son pays, ce n’était pas elle qui a mal chanté l’hymne nationale au CEG Solla-Ville à cette époque, s’était les autres. Et il faut finir avec ses punitions sommaire. Elles aussi sont un frein au developpement. Si quelqu’un a commit un delit, c’est lui qu’il faut isoler et punir, pas sa famille, sa maison, son village ou son ethnie etc. C’est comme ça que nous pouvons trouver les meilleurs cadres, ceux qui savent faire quelque chose, les capables, les devoués au lieu des les fâcher ou pousser dans l’emigration extéreure ou intérieure.
    Je felicite Pierrette pour son intervention courageuse, par laquelle nous pouvons apprendre beaucoup. Je suis fier qu’elle était mon enfant paroissial, et je demande que Dieu la bénisse, elle, ceux qui réfléchissent avec elle et ceux qui sont comme elle.

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