La Philosophie Touchante

On m’a dit que ce ne serait qu’un simple voyage…

Ce n’est qu’un simple voyage…..

Oui, je suis sûre que vous l’avez entendu aussi en quittant Lomé, avec la famille à côté, les derniers conseils de vie et les derniers rappels de la maman “as-tu pris du gari?, du haricot que j’avais attaché pour toi?  Oui, on a coulé des larmes (mais l’impatience de trouver l’autre côté atténuait la douleur). Oui,vous l’avez entendue: ce n’est qu’un simple voyage. Alors on se dit : Et enfin. Une nouvelle vie, un nouveau départ…

 

Moi, j’avais hâte pour tout vous dire. Moi, j’avais plus d’attentes que d’appréhensions (ce que je découvrais plus tard me confirmât qu’il fallait avoir d’abord plus d’appréhension que d’attentes) en quittant Lomé (TOGO) pour Poitiers (FRANCE). Je me disais que c’était chouette. J’avais eu de “la chance” (ceux qui me connaissent savent que ce n’était pas évident). Sur le départ, mes parents ont prononcé cette phrase : « ma chérie ce n’est qu’un simple voyage. Ne stresse pas surtout. C’est un vol et hop tu rentres dans la routine»
Mon œil. Maintenant que j’y repense, avec 3 ans de recul, ce n’est pas qu’un simple voyage de quitter son pays pour un autre continent, où la première chose que l’on voit avant de remarquer votre personnalité, c’est votre couleur de peau. Non, ce n’est pas qu’un simple voyage quand tu arrives dans un monde plein de préjugés et d’a priori sur toi et les « tiens ». Je dirais non, non et non.
Non, parce que dès que j’ai atterri à l’aéroport, j’ai marqué une pause pour réaliser.  Ah c’était beau, les hôtesses étaient gentilles etc. Mais à peine on a le temps de contempler que l’on vous pousse par derrière pour que vous fassiez de la place. Il y en a qui sont pressés. Euh Oui d’accord, c’est noté. Ah les bagages! Très important, car maman va demander après si tu utilises son gari. Heureusement, une belle chose ici, tout est écrit, on n’a pas besoin de demander son chemin tout le temps. Bagages pris, il faut sortir toute seule de l’aéroport, avec 3 gros bagages. Pour activer ses méninges, c’est mission impossible. Mais on prend une bonne inspiration, et hop on charge. Etant donné que j’avais trouvé un logement avant d’arriver, il fallait juste trouver le bon chemin avec l’adresse pour y arriver. Parfois avec un peu de chance, on vous accueille et on vous conduit jusqu’à votre résidence. Pour ceux qui avaient un logement provisoire, ils ont dû en baver pour en trouver car vous ne vous rendez compte de votre condition que lorsque vous appelez pour visiter une chambre libre. La chambre est libre, mais… C’est juste Vous le problème. Mais on en trouve toujours, rassurez-vous.

 

Non, ce n’était pas un simple voyage parce qu’après, laissé à vous-même, tout commence. Trouver où son école se trouve, ce qui implique apprendre à une vitesse que vous n’auriez jamais imaginé, à maîtriser les lignes de bus, directions, métros, tramways et trains. Croyez-moi même Einstein aurait du mal à cette allure. Vous vous sentez désorienté. Je disais donc qu’il fallait trouver son école, régler les formalités administratives, tel papier, tel autre. Vous devenez un classeur ambulant; vous sortez avec tout, même votre carnet de vaccination haha…
Non, ce n’est pas un simple voyage parce que, entre temps, on évolue dans une société nouvelle. On est différent et cela se sent à nos airs constamment hésitants et dubitatifs. On est différent car on ne sait pas utiliser telle machine, tel gadget. On est différent car on a une autre couleur de peau, une histoire, des valeurs…Parlons en des valeurs. Chez moi à Kara dans le Nord Togo, quand tu passes sans dire “bonjour” à la voisine, maman saura que tu as été impolie. Ici, j’ai salué à tort et à travers, on m’a regardé et demandé « on se connait ? ».  Je vous laisse penser à votre propre réaction dans ce cas là. Donc comment garder les valeurs de papa et maman tout en vivant dans une société, une culture différente ? C’est une colle.

La rentrée arrive enfin, on est content. Tout émoustillé à l’idée d’accomplir ce pour quoi on est là.
Je dirais que c’est assez mitigé comme sentiment ce que l’on ressent à la fac. Entre le fait de chercher du regard un « frère », le fait de chercher à se faire de nouveaux amis étrangers, on ne sait pas vraiment quoi dire, quoi faire. Parce que si vous allez trop vite en besogne, si vous essayez de plaire à n’importe quel prix, on vous évite. Et si vous restez dans votre coin, vous êtes ignoré. Entre certains professeurs qui vous font remarquer que votre accent n’est pas “politiquement acceptable”; que votre syntaxe doit être améliorée; que certaines expressions sont dépassées, on ne sait plus où mettre la tête. Bref, la faculté ou l’école est un peu la bête noire au début car c’est l’immersion totale avec ses hauts et ses bas. Il fallait s’adapter et vite.

Par ailleurs, on se dit qu’il faut trouver un boulot pour arrondir les fins de mois, car on a beau être préparé, cela ne suffit jamais. Le calcul devient votre second nom; sans parents, ni amis dans un milieu étranger, même Pythagore ne se retrouverait pas. Voilà il faut apprendre à faire des CV (d’ici pas comme chez nous); s’abonner à tous les sites d’offres d’emploi. Et il faudrait voir pour quel genre de boulot: femme de ménage, gardien de nuit, baby Sitter, etc. Pour quelqu’un qui vient de Kara, avec sa petite vie de “princesse”, avouez que ça fait bizarre de postuler pour être femme de ménage, et surtout essuyer des refus le plus souvent. Ah la vie est dure! Non elle n’était pas encore dure, croyez-moi. Car, quand les envois de candidature ne marchent pas, on prend son courage à deux mains et on fait du porte à porte. On tourne dans les hôtels, boutiques, magasins pour déposer son CV en espérant que l’on vous rappelle (ce qui arrive 1 fois sur 3). On se prend des murs, des regards, des insultes racistes à peine déguisées, et j’en passe. A cela, ajoutez le froid auquel on n’est jamais habitué, ni jamais assez préparé. Non, ce n’était pas qu’un simple voyage.

 

Et…quand on trouve finalement des petits boulots. Ouf ! Il faudrait juste gérer les collègues. On apprend alors sur le tas et on s’entraîne socialement chaque jour afin de coller au moule, afin de ne pas choquer ni paraître insolent. Rentrer à 00h pour reprendre un autre boulot à 5h du matin. Sans compter les cours et le système d’études ici qui est très différent. Non ce n’était pas un simple voyage.
Je me souviens de la fois où, m’étant arrêtée pour demander ma route, on m’a évité, esquivé mes bonjours comme si j’avais la peste ou la gale. Avec du recul, j’en ris mais croyez-moi, quand je me suis regardé dans le miroir après cet épisode, je me suis demandé ce qui clochait chez moi. Ma peau, mon habillement, quoi ? J’ai juste compris que c’était des questions auxquelles je ne trouverai pas de réponse. C’est la vie d’ici. Et on ne peut pas demander aux autres d’être comme nous; on les accepte ainsi.
Mais, au-delà de ces péripéties, de ces aléas, j’ai grandi. Je me suis forgée une personnalité. J’ai surtout gardé espoir en l’Homme, et cela m’a ouvert des portes aux amitiés extraordinaires.
Le plus important est, comme le disait Albert Camus, de se rappeler :« il y a plus de choses à aimer chez les hommes que de choses à mépriser ». Alors j’ai choisi le bon côté des autres, de ceux qui m’ont accepté et je m’y suis accrochée. Mon voyage n’est pas fini croyez-moi. Contrairement à ce que mes parents ont dit, ce genre de voyage ne finit jamais. Il continue au quotidien; il vous mène à la rencontre de votre propre « moi »; il vous pousse dans vos retranchements les plus profonds; il vous pousse à vous poser des questions sur vos racines, vos valeurs, votre identité en tant qu’être humain. Je le dirai encore et encore, le mental, il faut l’avoir. Et pas un mental mou comme une éponge. Un mental d’acier. Il faut être prêt à recevoir des coups, mais à se relever immédiatement. Ici, on ne traîne pas au sol, sinon on vous piétine.
« Ce n’est qu’un simple voyage », cela résonne encore dans mes oreilles. Oui c’était un vol à prendre, mais un vol qui impliquait une autre vie; qui impliquait une personnalité à reconstruire, un vol duquel on revient forcément différent, d’une manière ou d’une autre.

Et le pire, ce n’est pas le changement négatif que ce voyage peut occasionner chez certains. Le pire, c’est qu’il y en a qui ne reviennent jamais de ce voyage…culturellement parlant.

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34 comments

  • Kao

    Belle histoire,vraiment du courage

  • cuteworldcute

    Tu as tout dit. On n’a aucune idée de ce que c’est avant d’en avoir fait l’expérience. C’est quelque chose de très pénible physiquement et moralement.

  • Elisam

    Ta tout ma chérie. Je me rappelle encore du jour où je devais partir. C’était pareil pour la partie des conseils 😊

  • Elom Kofitse AZOUMA

    Histoire très touchante.

  • Nadu

    Belle histoire et assez émouvant.cela m’a fait penser à mon frère.merci pour ce partage et courage pour la suite.

  • yvette

    Félicitations….

  • Missmanuella

    Ce n’est pas qu’un simple voyage.
    J’ai beaucoup aimé lire l’article.
    Merci pour le partage.
    Bises.

  • Joachim

    Bon courage. C’est émouvant comme histoire

  • Maché

    Waoh tu as presque résumé mon aventure.(je vis en Allemagne).le mental il faut vraiment l’avoir.
    Merci 😊

  • Thessy ouattara

    superbe narration ! Tout de vrai !

  • BRALY koudjouka Abire
    BRALY koudjouka Abire

    L’expérience nous fait vraiment voir les choses autrement, mais il est bien d’en parler pour que les amis se préparent psychologiquement

  • BRALY koudjouka Abire
    BRALY koudjouka Abire

    Merci ma miss

  • BRALY koudjouka Abire
    BRALY koudjouka Abire

    Heureusement le mental on l’a!

  • BRALY koudjouka Abire
    BRALY koudjouka Abire

    Merci pour les encouragements.

  • BRALY koudjouka Abire
    BRALY koudjouka Abire

    Merci beaucoup à vous

  • BRALY koudjouka Abire
    BRALY koudjouka Abire

    Ah ça fait désormais partie de notre vie ces moments!

  • Elise Y.

    Tellement bien écrit… et véridique. Je remonte des années en arrière.

  • kesse

    Merci mon model…je suis déterminée encore plus…Félicitation à toi.Rdv au sommet

  • Rafael Bamba

    Article très pertinent qui sans doute mérite d’être lu et cru par les candidats aux voyages d’étude, afin de se préparer psychologiquement. Néanmoins, certaines expérience m’ont semblé trop exagéré, je dirai enjolivé…peut-être pour accrocher le lecteur.

  • Cha

    Quel joli article ! J’ai pour ma part quitté Poitiers pour Québec, j’espère t’y avoir laissé une place jolie quand même. 🙂 J’ai la même sensation que toi : voyage ponctuel et immigration sont deux expériences bien différentes ! J’ai le sentiment d’avoir vécu des choses un peu similaires sur le fond : ces moments où tu ne sais pas quel est le bon comportement, où tu ne sais pas utiliser des choses qui semblent normales pour les autres, où ton accent trahit ton statut de “pas vraiment d’ici” et te colle à mille stéréotypes. Où ton expérience professionnelle est une expérience d’ailleurs, pas toujours en adéquation avec ce qu’on te demande ici.
    Je te souhaite le meilleur dans cette nouvelle page de ta vie ! Quoi qu’il en soit, au bout du compte, il n’en ressort que du positif, j’en suis persuadée. Embrasse Poitiers pour moi. 🙂

  • Tedidev

    Je pense que l’expérience varie beaucoup suivant la destination ( je vis à reims ). j’ai rencontré beaucoup de personnes sympa, à l’université comme dans les rues. Mais le voyage et l’arrivé est pénible, surtout si tu n’est pas accompagné de l’aeroport à ta destination finale.

  • Thommy

    Article très émouvant et très beau ! Ça me sidère qu’encore aujourd’hui les gens fassent preuve de discrimination face à quelqu’un sur la seule base de sa culture ou de sa couleur de peau. Tu as eu raison de t’accrocher et de rester forte !

    • Pierrette Ekoima
      Pierrette Ekoima

      Mais heureusement on rencontre toujours des personnes magnifiques, bienveillantes qui nous font oublier ceux qui ne nous aiment pas. Merci beaucoup Thommy 🙏

  • PRKM

    Si la vie était sans % parfaite en occident,les blancs ne quitteront pas chez eux pour l’Afrique

  • Léonor

    Je viens seulement de découvrir ton blog mais j’ai juste envie de t’envoyer plein d’amour pour toutes ces épreuves par lesquelles tu as dû passer, et surtout pour ceux qui t’ont maltraitée à cause de ta culture ou ta couleur de peau.
    Je suis expatriée depuis 3 ans, j’ai connu des petites galères mais au final pour moi tout a été plutôt facile. Je suis de Belgique et j’habite à Prague depuis 2 ans, et le pire pour moi là-bas c’est la froideur des gens. Ici on ne dit pas bonjour aux gens qu’on croise et on ne sourit pas, et j’ai eu beaucoup de mal à m’y habituer. Et puis maintenant quand je reviens en Belgique et qu’on me dit bonjour dans la salle d’attente chez le docteur, parfois je sursaute ahah ! J’en rigole mais en réalité je déteste ça. J’aimerais bien pouvoir facilement garder tous les bons côtés de ma culture natale, et ne prendre que les bons côtés de la culture du pays qui m’accueille, mais c’est souvent très difficile et ça demande un niveau d’attention constant !
    Quoiqu’il en soit, félicitations pour ton parcours jusqu’ici, qui est plus un combat qu’un voyage :)… J’espère tout de même que tu te plais dans ta nouvelle vie ! Bisous

  • BRALY koudjouka Abire
    BRALY koudjouka Abire
  • Afiafivi

    Cet article apportera plus d informations à ceux qui n ont pas encore franchi le pas.. Et oui ce n est pas simplement un simple voyage

  • annie

    Superbe texte. Je ne suis pas expatriée, mais fille d’immigrés vietnamiens. Je me reconnais dans certains points du texte, cette double culture qu’il y a à gérer (celle de la famille, celle de la société française). Cette double culture est une richesse, mais parfois, la personne en face souligne cette différence méchamment, avec racisme, et veut nous faire sentir nulle (j’ai eu du mal à gérer le racisme quand j’étais petite, mais aujourd’hui, si je suis toujours choquée, j’ai plus de ressources pour le surmonter).

  • Clémence

    Merci pour ton témoignage, bravo pour ton courage, ta force et ta persévérance. Tout mes vœux de réussite

  • Estelle

    Hello,
    Je trouve ton témoignage très touchant et plein de vérité sur notre pays. Je te souhaite pleins de bonheur pour la suite.

    “Quand tu passes sans dire “bonjour” à la voisine, maman saura que tu as été impolie. Ici, j’ai salué à tort et à travers, on m’a regardé et demandé « on se connait ? ». ” C’est tellement vrai et tellement représentatif de notre pays.
    Bon week-end.
    Estelle

  • Gwen

    Waouh, quel courage tu as, vraiment je t’admire. Continue d’être forte, continue de te battre et tu iras loin j’en suis certaine ❤️

  • KAO Jaurès

    Très cool ma beauté, mes félicitations

  • KAO Jaurès

    J’ai vraiment aimer

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